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Emmanuel Carrrère

V13

Le premier livre d'Emmanuel Carrère que j'ai lu il y a quelques années était un récit, "D'autres vies que la mienne". C'était une série de portraits, de tranches de vies de rescapés d'un terrible tsunami, d'amis frappés par le destin et j'avais été marquée par la profondeur et la délicatesse d'écriture de cet auteur.

J'ai retrouvé ces grandes qualités dans V13. Carrère y fait le récit du procès des attentas de St Denis et du Bataclan en 2015.

Par ce récit, il nous donne accès à un moment historique, moment qui durera tout de même 10 mois où plus de 300 témoins ont été entendus. Gigantesque logistique que l'on imagine sous haut contrôle. L'enjeu est énorme de rendre justice dans ces conditions.

La prouesse de ce récit est de rendre cet enjeu palpable dans une totale simplicité d'écriture. Tout y est observé et décrit à hauteur d'homme. C'est donc un récit captivant, accessible et à mon avis nécessaire pour tenter dans un même temps de comprendre la mécanique du mal et d'appréhender le désarroi des victimes. J'ai bien sûr repensé au Lambeau de Philippe Lançon, et, comme pour celui-ci il me semble que sa lecture est indispensable.

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Les Lectures de ROSINE

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Georges Perec

Les choses

Prix Renaudot 1965, le roman ne commence pas tout à fait comme un roman. Les premières pages et les suivantes décrivent minutieusement l'intérieur de l'appartement d'un couple. Jérôme et Sylvie sont deux jeunes actifs dans le Paris des années 60. Sociologues, ils réalisent des enquêtes pour des sondages commerciaux. Nous sommes au début de la grande aventure du marketing. Nos tourteteaux ne vivent que dans le désir, l'attente d'un confort de vie que leur profession les autorise à envisager. Et le roman est la description ethnographique de cette quête. Je ne peux pas dire qu'il y a une histoire, une intrigue, non. Le roman avance au gré des recherches d'objets et des achats en tout genre. Le tour de force de Perec est d'arriver à dépeindre les états d'âme de ses deux personnages sans écrire un seul dialogue. J'avoue avoir été désarçonnée au début de ma lecture, puis, la précision et la justesse du propos m'ont embarquée jusqu'à la fin. Ce roman est celui de la vacuité. Il démontre sans faire trop de bruit les dégâts d'un lent abêtissement consenti, porté par le déploiement sournois d'un matérialisme nécessaire au commerce (j'ose à peine dire à l'économie de marché ne souhaitant pas passer pour une crypto-gauchiste, mais enfin....)

Même si Perec dépeind une société couleur sépia qui semble d'un autre temps, le propos me semble si actuel. A voir les files d'attentes devant les Apple stores lors du lancement du dernier joujou ou, plus grave, le nombre "d'influenceurs" prêts à vendre l'intégralité de leur vie sur Instagram pour tel make up ou telles snaekers, je me dis que "Les choses" ont gagné. Reste que les livres sont aussi des choses, et tant que les hommes resteront en lien avec ces choses-là, alors tout espoir n'est pas perdu.

A lire.....au lieu d'aller au supermarché!

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