Un rêve, des rencontres de désirs, de la confiance et de l'amitié, l'envie d'entraide et de solidarité, un local vide, et voilà comment aujourd'hui nous invitons chacun à venir aussi y déposer ses envies !
Bonne année 2024
Textes de Novembre 2023
par ordre de réception
Consigne d'écriture :
Choisissez une photographie dans laquelle il y a au moins un personnage même petit dans le décors. Le décrire minutieusement, son apparence mais aussi, pourquoi il est là ce jour là, Où est-il ? Quel est ce décors ? Qu'est-ce qui lui est arrivée pour le conduire ici et maintenant ? Quels sont ces projets et ses envies ? Quels sont ses relations avec les autres personnages de la photo s'il y en a ? Vous pouvez bien sur choisir de parler de la réalité, de quelqu'un que vous connaissez, vous pouvez aussi choisir un inconnu et tout inventer de son histoire. Dans cet exercice-ci, les photos ne seront pas montrées aux lecteurs qui devra tout savoir seulement grâce à vos mots. Pensez à décrire l'état émotif du personnage, les couleurs et les bruits qui l'entourent... et pourquoi pas, le sens de sa vie, sa place dans le monde et si ça vous inspire n'hésitez pas à conclure par le lien (imaginaire ou non) entre vous et ce personnage.
Longueur du texte de une page A4 maximum en police 12. Bonne écriture à tous :))
Il est debout, de dos, seul. Son short noir moule ses cuisses musclées. Son marcel gris tâché de sueur, ne cache que partiellement son large dos. Il porte une casquette sombre, on ne voit pas ces cheveux, s'il en a. Ses épaules basses semblent descendues d'un étage de trop, par mégarde ou par fuite... Autour de ses pieds, entre les rochers, des herbes folles s'agitent au vent. On distingue très bien au premier plan, les différentes strates de la roche. C'est l'empilement d'un passé solidifié qui forme aujourd'hui un socle pour avancer. Le temps a tordu la verticale, les couches de sédiments forment une grimace.
L'homme s'est avancé jusqu'à l’extrême pointe du promontoire. Un pas en avant et c'est le vide. Devant lui, la vue est trouble. Il pleure.
Il connaît par cœur cette plaine : Au loin les fumées de la ville, et puis la voie ferrée. Ici le lac où il se baignait enfant. On distingue même les berges vertes du déversoir. Les maisons là, c'est le village où il a grandit. Là bas c'est l'usine à papier, puis le garage du tonton, la ferme de Bastien, et le petit bois où ils se sont embrassés pour la première fois.
Dans le ciel, quelques nuages blancs moutonnent. Les tons de la photo s'étalent du vert au bleu, avec un camaïeu de gris. Rien n'est vraiment net, et pourtant tout n'est pas flou ! C'est la brume qui donne au paysage un aspect gommé. L'horizon est indéfini, plus qu'inaccessible, il est inexistant perdu entre ciel et terre, inatteignable même par le regard.
Il est tôt, c'est le matin. Le ciel n'est pas encore totalement réveillé. C'est le printemps car les champs sont encore verts, mais bientôt l'été car il fait déjà chaud. L'homme est monté par le sentier des chèvres, sans aucun matériel d'escalade. Il n'a pas de sac non plus, pas de panier repas, pas de gourde.
Tout son buste dépasse du rocher, et pourtant il est minuscule dans le paysage. On ne voit pas s'il y a un train quelque part, mais lui, il sait où est la gare.
S'il se penchait un peu, il verrait la falaise, la roche érodée et les quelques végétaux faméliques qui s'accrochent de leur racines désespérées à la faille qui les fit germer. L'homme se tient très droit, comme s'il regardait devant lui, comme s'il voyait le train partit cette nuit.
Il est debout, de dos. Acculé entre le vide de l'absence et l'absence de raison de rester, seul.
Il n'entend pas le vent. Aucun oiseau ne chante. Les insectes aussi se taisent comme pour le laisser décider du sens à donner maintenant, à ce qui reste ici, si seul.
Lorsque j'ai pris la photo, je ne savais pas encore ce que voulait dire, pour lui, avancer dans la vie...
(Marie)
Un vague paysage en arrière fond laisse penser à un parc, mais les franges du tapis au sol ne laisse aucun doute, c'est une photo de studio. Au centre, c'est elle. Elle porte une robe blanche légère, avec les manches bouffantes. Des soquettes immaculées et des petites sandales à bretelles. Un nœud de tissus blanc décore ses cheveux bruns. Elle est sagement assise sur les genoux de sa mère, elle même installé sur un fauteuil de velours rouge. Le père se tient debout derrière, une main sur le dossier du fauteuil, dans la pose du protecteur.
Tous les trois regardent fixement l'objectif. Ce n'est pas parce que c'est une photo qu'ils sont immobiles ! Ils sont figés par obligation, par devoir, parce que sinon la photo sera flou !
La petite n'a pas un an. Les précédents enfants n'ayant pas survécus jusque là, cette enfant, pour l'instant, est la fierté du couple. Elle se nomme Jeanne. Elle deviendra une grande sœur attentionnée, une amie entourée, une femme aimée. Pour l'instant elle se contente d'être joufflue, calme et silencieuse.
Les chaussures de la mère sont solides et faite pour durer. Ils sont venus à pieds, la poussettes à été remisé hors du champ de vision de l'appareil photo. Le père porte son costume du dimanche, avec une chemise blanche au col légèrement ouvert.
Jeanne me dira souvent qu'elle n'a jamais été le témoin de la moindre marque d'affection entre ses parents. Probablement qu'ils ne se détestaient pas, voire même qu'ils se respectaient. Dans sa famille, on pensait que, livrer ses émotions, était une marque de faiblesse et un manque certain d'éducation !
La photo est en noir et blanc, et chacun s'y tient dignement, dans une grisaille arrangée pour ressembler à la vie.
Jeanne était douée, en grandissant elle aurait pu faire des études, elle avait du talent lorsqu'elle dessinait et une prédisposition pour la musique. Elle a eut six frères et sœurs. Jeanne c'est mariée à 20 ans, avec un gars du village et elle a eut trois enfants, dont moi.
(Étienne)
Ah cette photo, comme je l'aime ! Elle me raconte tellement de belles choses ! Deux enfants assis sur une marche devant une porte, dans un petit village, en Estrémadure. Alexandro a six ans, il est brun, souriant et curieux. Rafaelo, blond, plus jeune, semble perdu dans un rêve. Leur père a prit cette photo lors d'un voyage souvenir, sur les trace de son propre père : un espagnol banni par Franco et exilé en France. Le vieil homme n'était jamais revenu dans son pays, alors le fils est partit faire quelque photo du village paternel.
Il connaissait l'adresse où son père avait grandit. Il a fait asseoir les deux enfants sur la marche devant la porte d'entrée pour prendre la photo, et juste après le rideau s'est soulevé et un couple âgé est apparu. Stupeur, aucun doute possible, la ressemblance était flagrante, cet homme là devant nous était le frère du vieil exilé ! On s'est présenté, ils nous ont fait entré et ils se sont raconté. La guerre, comme elle a brisé leur famille ! Un frère pour Franco, un autre en exil et la sœur marié à un Résistant... Plus aucun contact entre eux durant près de 40 ans ! Notre présence fait sortir les souvenirs mais aussi la culpabilité. Durant toutes ces années le couple a vécu dans la maison des parents, sans rien dire, sans la partager, un peu comme s'ils l'avaient volé à la fratrie. On échange des nouvelles, on fait des photos... Puis on ose demander à voir le reste de la famille !
Tous le monde dans la voiture ! Nous avons roulé jusqu'à la ville d'à coté, là où habite toujours la sœur... Eux non plus ne l'ont pas revu depuis la guerre, 40 ans de silence, de gène, de distance.
La femme entre en premier, effusion de larmes, le mari reste dans la rue, alors on revient le chercher, il pleure aussi...
Emotions fabuleuses : les retrouvailles. L'homme demandant pardon à genoux, montrant sa carte du partit, suppliant de transmettre sa honte et ses regrets au frère, en France... Après 40 de silence, tant de mots coulaient que rien ne semblaient pouvoir les arrêter.
Très vite les enfants, les petits enfants, les cousins ont commencés à arriver. La petite rue d'Andalousie s'est remplie de gens, de vie, de pleurs... Toute la famille était enfin là, réunie ! La scène de pardon généralisé reprenait après de grandes effusions heureuse... chacun se racontait, parlait de sa honte, du manque, de la joie de se retrouver... Cela dura deux jours... Puis nous sommes revenus en France, porter les photos au vieil homme. Il n'avait pas voulu venir avec nous en Espagne, il avait peur, trop peur que son cœur ne le lâche !
J'ai bien cru qu'on l'avait tué lorsqu'il a vu la photo ! « Là, c'est bien ma maison, c'est bien les petits, devant ma maison, là, oui, merci »... La photo suivante c'était celle de son frère... puis toutes les autres, pour finir par une « photo de famille » avec plus de 60 personnes ! Comme il pleurait le vieux Aurélio ! Il n'arrivait plus de tout à parler et quand les mots lui sont revenu, c'était seulement en Espagnol !
Nous lui avons donné les adresses et numéro de téléphone de tout le monde et lorsqu'il a été un peu calmé, nous avons composé le numéro de son frère, et on lui a donné l'appareil, avant de le laisser, de les laisser, pleureur ensemble longuement.
Durant le voyage nous avions vu Salamanque, Malaga, Grenada, Cordoba, et la magnifique place d'Espagne de Séville. Pourtant c'est cette photo là qui me raconte vraiment l'Espagne, c'est ce souvenir qui est le plus beau de notre voyage.
(Joëlle)